Analyse des discours politiques

Les élections présidentielles arrivent ce week-end et tout au long de cette campagne, les candidats ont débattu, présenté, discouru, tweeté, … Mais comment être sûr de comprendre le discours de chacun ? Comment décrypter les idées des candidats ? La linguistique et la sémantique, grâce au Traitement Automatique du Langage, fournissent des éléments importants pour la dissection des plaidoyers des politiques, comme on a pu le voir dernièrement lors des élections américaines.

À la question “que peut-on analyser ?”, la réponse est simple : tout ! Les gestes, les expressions faciales, les comportements, … Ce qui est intéressant ici, d’un point de vue de linguiste, ce sont les termes prononcés par les politiques, isolés ou en contexte. De manière générale, ces composants sont étudiés à l’aide de corpus comprenant des discours publics, ou au sein des partis, des débats, ou plus récemment, des tweets.

N’oublions pas, il est nécessaire de rester conscient de la subjectivité des analyses sémantiques. Bien que les méthodes ne permettent pas de ‘tricher’ sur les valeurs (Emmanuel Macron a prononcé “projet” 245 fois depuis le 30 janvier, ni plus ni moins), il y a un biais dû au choix des mots analysés, à la période, et surtout, à la sortie du contexte.

 

Exemples d’analyse des discours politiques

La fréquence des mots utilisés par un candidat peut nous donner des indications sur ses valeurs, tandis que les cooccurrences peuvent mettre en évidence des thématiques. Sur cet exemple, on peut voir que les mots préférés de Marine Le Pen en 2017 indiquent/confirment un attachement à l’importance des valeurs familiales, et une certaine inquiétude vis à vis de l’effet que la mondialisation peut avoir sur ces dernières chez les jeunes.

Nos jeunes doivent pouvoir hériter et faire vivre cet incroyable patrimoine immatériel construit par leurs parents, leurs grands-parents, leurs aïeuls au prix de sacrifices parfois inouïs.

Marine Le Pen

Analyse discours politiques : termes favoris Marine Le Pen

 

Le vocabulaire des politiques en dit aussi long que leurs discours, et on le sait depuis longtemps. Cette étude sur l’ensemble des termes utilisés par Lionel Jospin et Jacques Chirac montre des bulles lexicales distinctes, à gauche et à droite du schéma : ils utilisent des termes qui leur sont propres, et qui correspondent à leurs identités politiques. On peut cependant noter une évolution dans leur vocabulaire, avec notamment Jospin qui se rapproche du champ lexical chiraquien en 2002.

Analyse discours politiques : comparatif Jospin - Chirac 2002

 

 

Il est également possible d’étudier les différentes facettes des discours de politiques sur une plus longue période. Ainsi, un changement dans le discours du FN a été noté lors de la passation de Jean-Marie Le Pen à sa fille. Cet article affirme que Marine Le Pen “dit la même chose que son père mais souvent autrement”, en adoptant de nouvelles thématiques, en en rejetant d’autres et va “davantage utiliser le mot « peuple » que « nation », le mot « étranger » que celui d’ « immigré »” que son père.

De manière plus générale, le vocabulaire politique global évolue afin de s’adapter au public, et de donner des outils de persuasion aux hommes et femmes politiques.

 

Les tweets, devenus un nouveau genre du discours politique, sont maintenant la source principale des corpus avec les nombreux posts quotidiens par les candidats. Grâce aux analyses sémantiques de flux, il est possible de les étudier en grande quantité, et au jour le jour.

Il est ainsi possible de dresser le portrait d’un politicien grâce aux termes qu’il choisit de mettre sur Twitter, en fonction de leurs fréquences et aussi de leurs relations : par exemple, sur ce petit graphique des relations entre les mots des tweets de Philippe Poutou, sorti de la plateforme IDEO2017, on note un rapprochement entre politicien et capitaliste, en passant par le terme “voleur”.

Discours politiques : champ lexical Philippe Poutou

Etudier et analyser les discours politiques pour mieux les comprendre

 

Toutes ces études permettent de faciliter la compréhension des discours politiques, ainsi que de les présenter de façon visuelle par infographies ou interactive grâce aux chatbots. Cela permet également d’effectuer une analyse plus complète, et d’observer des particularités que l’on ne remarquerait peut-être pas lors d’une simple écoute de discours.

Ces points sont importants pour les électeurs, qui s’engagent par le vote et ont donc besoin d’informations pour leur choix.

Par ailleurs, elles aident à étudier les raisons pour lesquelles des citoyens s’identifient aux candidats, aux partis et à leurs idées. Cela peut profiter aussi aux politiques, qui savent quel discours adopter. En parallèle, il est possible pour eux de faire des analyses sémantiques sur les tweets de leurs abonnés, ou ceux où ils sont mentionnés. Emmanuel Macron, par exemple, a réalisé une grande opération d’analyse de verbatims de citoyens, dont il s’est servi pour élaborer son programme en amont de la campagne grâce aux analyses sémantiques.

 

Pour expérimenter vous-même les joies de l’analyse sémantique du discours, voici plusieurs liens vers des outils interactifs et des chatbots :

IDEO2017

Semiotweet

Mesure du discours

SEO Quantum

Hyperbase

PolitiqueBot

VoxeBot

JDD

Libération

PolBot